Colloque international : Nouveaux palimpsestes
2027. március 10. - 2027. március 12.
Université Eötvös Loránd, Faculté des Lettres, salle "Kari tanácsterem"
2027. március 10. - 2027. március 12.
Université Eötvös Loránd, Faculté des Lettres, salle "Kari tanácsterem"
Colloque international
Nouveaux palimpsestes.
Chambouler l’art et la littérature en compagnie de Pierre Bayard
Budapest, les 10, 11 et 12 mars 2027
Organisation : Université Eötvös Loránd (ELTE) – Université Paris Nanterre/HAR – ENSCI-Paris
Dans le prolongement des deux colloques internationaux (University of Chicago, 2024, Pierre Bayard au XXIe siècle. Pour un usage transversal d’une œuvre décalée) et (ENSCI-Paris, 2025, Design, narration(s) et théorie(s) littéraire(s). Au prisme de l’œuvre de Pierre Bayard), ce colloque nous permettra de poursuivre la réflexion sur le renouveau critique initié par l’œuvre de Pierre Bayard et sur la manière dont chercheurs et créateurs peuvent s’en inspirer. C’est le palimpseste à la fois comme objet, comme métaphore mais aussi comme dispositif qui nous servira cette fois-ci de point d’entrée dans les œuvres bayardiennes et dans les continuations qu’elles sont à même de susciter.
Dans son essai Palimpsestes, Gérard Genette, rappelant ce que le mot palimpseste doit à son étymologie – « un parchemin dont on a gratté la première inscription pour en tracer une autre, qui ne la cache pas tout à fait, en sorte qu’on peut y lire, par transparence, l’ancien sous le nouveau » – l’exploite pour mieux redéfinir l’ensemble des relations d’hypertextualité, principalement la transformation et l’imitation. La classification et le tableau général des pratiques hypertextuelles (parodie, travestissement, transposition, pastiche, charge, forgerie) qui en résulte ne saurait faire oublier l’immense gain de liberté qu’une traversée de tant de possibles littéraires, artistiques et critiques aura suscité et que Genette semble avoir lui-même appelé de ses vœux : « Tout ce qui suit ne sera, d’une certaine manière, qu’un long commentaire de ce tableau, qui aura pour principal effet, j’espère, non de le justifier mais de le brouiller, de le dissoudre et finalement de l’effacer ». Palimpsestes est un texte fondateur pour la critique, et programmatique pour la critique bayardienne : ne peut-on gager que Pierre Bayard s’est glissé dans ses interstices, ses suggestions, ses impensés ?
La critique bayardienne est une critique interventionniste ; en ce sens, elle emprunte au geste palimpsestuel : elle dépêche ses narrateurs pour aller gratter sous l’évidence de la preuve une autre lecture possible (la critique policière en est un parfait exemple), elle réécrit les textes – quand Proust est trop long, Duras trop mauvais –, elle fait apparaître Tolstoï là où on lisait Dostoïevski et inversement, elle met en évidence d’autres mondes, les mondes oubliés, les mondes potentiels, recouverts sous l’encre de la canonisation (Et si les Beatles n’étaient pas nés ?…). Mais cette critique ne se contente pas de constituer un analogon du palimpseste, elle le met en mouvement. Le palimpseste n’est plus seulement un objet stratifié à observer, décrypter, analyser mais à reconsidérer en tenant compte aussi de sa mobilité, de son instabilité, de sa capacité à induire un nouvel ordre de lecture, et de son invitation à tenir compte du geste qui initie un sens dessus dessous.
Ce colloque sera l’occasion de relire l’œuvre de Pierre Bayard à l’aune du palimpseste, en tenant compte notamment de ses auteurs de prédilection (Borges, Pérec, Gary…) et en interrogeant la filiation genettienne (Bayard, juste avant Genette ?), mais aussi en s’intéressant à la « manière Bayard » qui s’exprime à travers un art de la lecture, un art de la transformation, un art du chamboulement. Ce colloque est donc également une invitation à reconsidérer, avec Pierre Bayard, les pratiques de dérivation, l’art de la réécriture, le geste de la réinvention, pouvant donner lieu à de nouveaux palimpsestes appliqués à la littérature, mais aussi aux arts – arts visuels, design, cinéma…– ou encore à l’architecture avec une attention particulière accordée à la notion de ville-palimpseste, particulièrement pertinente pour la ville de Budapest. On s’intéressera donc aux relations hypertextuelles, mais aussi hyperartistiques, en tenant compte également de la transdisciplinarité pouvant affecter un même palimpseste composé de gestes émanant de divers individus (ou d’un individu pluriel) mais aussi de disciplines non nécessairement reliées. On pourra ainsi mieux explorer les problématiques que cela implique : la critique comme art et l’art comme critique (il s’agirait de se demander si la critique est un art comme les autres, et inversement, pour mieux réinterroger le partage, contestable, entre métatextualité et hypertextualité). Ce sont également les notions d’auteur ou de créateur qui, se trouvant ainsi bousculées, peuvent être réinterrogées. La notion d’œuvre pourra également être redéfinie. On ne pourra qu’être attentifs aux bénéfices heuristiques qui en découlent : repenser, réinventer l’histoire littéraire ou l’histoire de l’art, les histoires des arts.
Les propositions pourront s’articuler autour des axes suivants :
- Le palimpseste comme geste critique et artistique
- Repenser l’histoire du palimpseste en y inscrivant le geste bayardien
- Dériver avec Pierre Bayard (d’un temps l’autre, d’un lieu l’autre, d’un monde l’autre, d’un art l’autre, d’une langue l’autre…)
- Revisiter strates et traces matérielles, strates et traces mémorielles
- Peut-on appliquer le palimpseste à tous les arts ?
- Nouveau lexique des éléments palimpsestuels (hypotexte, « texte-souche » (Pérec), hypertexte allographe, hypertexte autographe…)
- Nouvelles modalités palimpsestuelles (transvalorisation, transmodalisation, transmotivation, transtylisation …)
- La ville-palimpseste
- Le lecteur-palimpseste
- L’auteur-palimpseste
- L’œuvre-palimpseste
Les propositions de 1500 signes, accompagnées d’une brève bio-bibliographie, sont à envoyer à jayot.delphine@btk.elte.hu, avant le 31 octobre 2026.
Comité scientifique :
Ur Apalategui (Université de Pau et des pays de l’Adour)
Pierre Bayard (Université Paris 8)
Fabien Boully (Université Paris Nanterre)
Martine Créac’h (Université Paris 8)
Aurélien Fouillet (ENSCI - Paris)
Delphine Jayot (Université Eötvös Loránd - Budapest)
Loriane Lafont Grave (Laboratoire d’études sur les monothéismes (LEM) – CNRS)
Raphaël Luis (ENS-Lyon)
Eugénie Péron-Douté (ENSAPC)
Mireille Séguy (Université Paris 3)
Lucie Thévenet (Nantes Université)
Comité d’organisation :
Département de la langue et littérature françaises : Krisztina Horváth, Delphine Jayot, Máté Kovács et Eszter Tóth
CIEF: Dávid Szabó et Petra Takács